Un processus progressif de réhabilitation

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Après quelques mois passés au sein des refuges, certains enfants manifestent le désir de quitter entièrement la vie des rues au profit d’un environnement plus stable. Lorsque les circonstances le permettent, nous renvoyons alors l’enfant vers sa famille ou vers une institution fermée (de type orphelinat). Malheureusement et bien souvent, lorsqu’une réinsertion en famille n’est pas possible (pour diverses raisons : décès, abandon, remariage, divorce, violence, problème maoïste), les institutions établies ne sont pas appropriées pour des enfants dont la rue a été la maison pendant souvent plusieurs années.

Néanmoins, nous restons convaincus qu’une réinsertion sociale, passant souvent par une réinsertion scolaire, est possible pour tout enfant à partir du moment où lui-même est convaincu qu’il en est capable. La plupart des mauvaises habitudes des rues (prise de drogue, violence, criminalité) peuvent être « surmontées » et les enfants prêts à tenter l’aventure peuvent à terme considérer les drames vécus en rue comme de mauvais souvenirs.

Le défi est le suivant : tout en prenant appui sur l’expression culturelle, artistique et sportive, allier éducation et socialisation (danse, chant, musique, théâtre, cirque) pour faire ressortir les capacités de l’enfant, le pousser à croire en lui-même, en ses droits et devoirs sociaux et les faire partager aux autres.

Activités :

  • Théâtre : Le théâtre permet l’expression directe avec le public. Il permet aux enfants de parler d’eux-mêmes, de leur vécu, du travail, de la drogue, de la souffrance, du froid, de la puanteur des dépotoirs.
  • Chant-musique : Le chant permet également d’extérioriser, de parler de soi et des autres, de faire passer des messages. Les enfants apprennent à jouer de la guitare, à écrire des chansons, à faire des vers,…
  • Dessin-peinture : Par le dessin, on peut revisiter le passé de l’enfant, percevoir ce qu’il y avait avant : la famille, le village,… On peut faire parler l’enfant, même le plus secret, faire sortir les mystères de sa vie passée et lui apprendre à envisager un avenir plus serein.
  • Danse : Forme d’expression corporelle par excellence, la danse permet de laisser parler le corps. Ceux de nos enfants bien meurtris par la rue et la haine ont besoin de s’exprimer pour en évacuer la souffrance.
  • Sport : Il s’agit avant tout du football, du badminton, du volley, du cricket,… Ces sports, en général collectifs, permettent à l’enfant d’apprendre à élaborer une stratégie avec et par rapport à d’autres enfants. L’effort physique est également un bon moyen d’extériorisation pour une violence interne parfois difficile à maîtriser.
  • Cours généraux : Cours d’alphabétisation, de socialisation, d’anglais,… Ils permettent à l’enfant de retrouver un niveau facilitant un accès en milieu scolaire. Citons pêle-mêle comme branches enseignées : l’anglais, les maths, la santé, l’hygiène, les sciences, l’histoire,… 

Le programme Arts-rue est une première étape de réhabilitation où l’enfant qui vient de quitter la rue est re-socialisé par les arts, l’éducation, le sport et un soutien psychologique poussé. Cette étape s’étalera sur le nombre de mois dont l’enfant aura besoin avant de retourner en famille, vers une autre organisation, ou bien vers notre programme de réinsertion scolaire.

Lorsque le passé reste trop lourd, les tentations trop grandes ou la rue trop présente, l’enfant a besoin d’un environnement transitoire auquel il peut s’adapter avant d’envisager un retour en famille, une inscription à l’école ou un passage vers une autre organisation. Ainsi est né le prolongement des refuges, le programme de réhabilitation qui est un deuxième niveau de socialisation pour ex-enfants des rues et travailleurs. Celui-ci allie les éléments suivants dans une perspective respectueuse de l’enfant, de ses choix et de ses rêves :

  •   Soutien éducatif et réhabilitation progressive en milieu scolaire.
  •   Prise en charge intégrale de l’enfant hors des dangers et tentations de la rue.
  •   Soutien légal, médical et psychologique pour surmonter les douleurs du passé.
  •   Socialisation par les arts et le sport.