Les enfants des rues

Les rues du monde, des pays pauvres comme des pays riches sont un refuge pour de nombreux enfants. A Katmandou uniquement, CPCS en dénombre entre 1000 et 1200. Ceux-ci dorment, travaillent et vivent dehors en bandes, sans le soutien de leur famille. Ils travaillent comme khalasis (collecteurs d’argent dans les transports en commun locaux), ramasseurs de plastique, mendiants, vendeurs de bouteilles d’eau, de journaux, etc. Dans ce décor de rue et malgré leur jeune âge, ils doivent affronter l’exclusion sociale jour après jour et deviennent des proies faciles pour certaines des plus viles formes d’exploitation. Leur fragilité en fait des victimes de choix pour les mafias locales qui les utilisent pour toutes sortes de trafics. La vie des rues comprend bien d’autres dangers et risques tels que la violence physique et morale, la dépendance aux drogues, les menaces des gangs, les maladies, la délinquance, la criminalité, l’alcoolisme, la faim, le manque d’estime de soi, etc.

L’image des enfants des rues auprès du grand public n’est pas très positive. Ils sont considérés comme des parasites sociaux, des petits criminels et des drogués. Comme ils portent des vêtements sales, utilisent un langage peu raffiné et semblent refuser la plupart des contraintes sociales, il s’agit pour beaucoup des gens de preuves supplémentaires de leur position marginale et néfaste. Les enfants, pour leur part, considèrent qu’ils n’ont pas d’autres choix que de se comporter différemment, car, se sentant socialement rejetés, ils rejettent la société et ses règles. « Pourquoi aurions-nous à respecter une société qui nous rejette ? » C’est sur cette dramatique interrogation que CPCS fonde son travail. Le paradoxe est en effet terrible : la société rejette les enfants des rues parce qu’ils sont asociaux, et les enfants sont asociaux car la société les rejette. CPCS tente d’être un pont entre les deux mondes, de dire a la société que les enfants des rues sont aussi des personnes sociales qui doivent être acceptées, et aux enfants que pour être acceptes, ils doivent être acceptables, qu’une être personne sociale n’implique pas que des droits, mais aussi des devoirs et des responsabilités. En ce sens, CPCS ne considère pas les enfants des rues comme des victimes ou des coupables, mais plutôt comme des acteurs, des partenaires.

Se sentant rejetés par la société, ils forment une société parallèle avec ses propres codes, son propre langage, ses propres rituels dont font partie le « sniffage » de colle et la prise de drogues. Les groupes d’enfants des rues du Népal ne sont pas réellement des gangs hiérarchisés et organisés, mais forment plutôt un réseau flexible de relations. Chaque groupe a ses propres règles et traditions et sa position territoriale (Ganga Bu, Thamel, Kalanki, Bugol Park, Bir Hospital, etc.). Le groupe offre à l’enfant protection, sollicitude, confiance et solidarité. Ses valeurs et son système deviennent la base du développement identitaire de l’enfant qui sera fortement lié également aux conditions de survie de la rue. Une fois passé le cap des 16-17 ans, soit ils sombreront dans la délinquance et/ou la drogue, soit ils finiront leurs jours en prison ou décéderont à peine quittée l’enfance, tant les conditions sont précaires et leur survie compromise.

Les raisons de leur arrivée dans les rues de Katmandou sont multiples et complexes, et il est important, dans notre perspective, de les comprendre et les respecter. Les conditions socio-économiques en village, la désintégration de la cellule familiale, la violence domestique, souvent associée à l’alcool, l’urbanisation et l’attraction de la ville, l’instabilité politique en sont les principales.

 

Les métiers de la rue

A.  Les enfants des tempos ou « khalasis »

A Katmandou, plus de 400 enfants sont utilisés comme collecteurs d’argent dans les transports en commun locaux : les tempos. Par jour, ils gagnent de 25 à 120 roupies, ce qui suffit certes à garantir une nourriture suffisante et des cigarettes mais qui oblige l’enfant à dormir soit dans le tempo, soit dans la rue.

Le grand rêve de la plupart d’entre eux est d’un jour passer son permis, devenir chauffeur et avoir son propre véhicule. Peu y arriveront et beaucoup continueront cette vie faite de pollution, colle et mépris. Accrochés à longueur de journée à l’arrière de véhicules coincés dans les embouteillages et les vapeurs d’échappement, ils sont souvent victimes d’infections pulmonaires et respiratoires graves.

 

B.  Les ramasseurs de plastique

Les ramasseurs de plastique sont les enfants qu’on aperçoit dans les rues de Katmandou armés d’un grand sac et d’un bâton piochet. De tôt le matin jusqu’à tard le soir, ils errent à la recherche de déchets recyclables qu’ils revendent au kilo. Si certains d’entre eux bénéficient d’une vie familiale, surtout dans les groupes d’enfants d’origine indienne ou de la plaine du Terai, beaucoup d’autres sont totalement livres à eux-mêmes.

Aussi une fois le travail accompli, ils retrouvent leur clan, leur bande ou d’autres ramasseurs. On estime le nombre de ramasseurs de plastique à plus ou moins 600, rien que dans la capitale.

 

C.   Les enfants mendiants

La mendicité touche une bonne partie des enfants des rues de Katmandou. Devant l’absence de ressources et la relative souplesse du système dans les quartiers touristiques, entre 100 à 200 enfants passent ainsi leur journée à mendier. Davantage que pour les deux groupes précités, la déstructuration sociale est grande pour ces enfants. Tendre la main abaisse l’individu et a un impact négatif sur l’estime de soi.

 

D.  Autres

Nos autres enfants ont des boulots très divers. Certains sont vendeurs de journaux, de pain, de biscuits. D’autres travaillent dans des petits restaurants comme plongeurs. D’autres encore sont porteurs d’eau, travailleurs en chantier, etc. Aucun d’entre eux ne jouit des droits fondamentaux relatifs au travail, que ce soit le nombre d’heures, le salaire, les conditions de sécurité, etc.